J’ai lu « Comment j’ai arrêté de manger les animaux »

On me demande souvent pourquoi j’ai fait le choix de devenir végétarienne. Bien que je sois convaincue du bien-fondé de ma démarche, je manque parfois d’arguments et/ou de données scientifiques qui viendraient justifier une décision qui semble encore pour beaucoup un peu trop radicale. Lassée de ne pas parvenir à défendre ma paroisse, je suis donc partie en quête d’informations et ai acheté des tonnes de livres sur le sujet. Ma première lecture : Comment j’ai arrête de manger les animaux, du journaliste Hugo Clément.

Un travail journalistique sur la condition animale

J’ai connu Hugo Clément lors de ses interviews souvent remarquées au Petit Journal, l’émission emblématique de Yann Barthès. Regardant généralement la télévision d’un œil, j’avais gardé de lui l’image d’un journaliste débutant assez léger et un brin insolent.

Commencer mes recherches par la lecture de son ouvrage m’avait donc semblé être une entrée en matière relativement soft. Je m’attendais en effet à un livre accessible qui n’allait pas me noyer dans des concepts obscurs ou complexes.

Première satisfaction : le livre est en effet d’une lecture aisée. Les arguments sont amenés de manière progressive, étayées par des exemples. On ne se perd pas dans un jargon scientifique, ni dans des démonstrations illisibles qui pourraient perdre ou ennuyer le lecteur. Hugo Clément parle avec son cœur d’un sujet qui le mobilise à titre personnel.

D’une lecture simple, certes, ce livre n’est pour autant pas simpliste et l’exercice journalistique auquel se prête l’auteur fut une excellente surprise. Hugo Clément, même s’il parle à la première personne, ne sombre pas dans l’écueil de l’unique argument affectif.

Comment j’ai arrêté de manger les animaux est en effet une véritable mine d’informations pour tous ceux qui se questionnent sur l’élevage industriel. L’auteur s’appuie systématiquement sur des recherches scientifiques ou des témoignages d’acteurs de l’industrie agro-alimentaire. En 180 pages, il brosse ainsi un panorama riche et complet de la condition animale et des impacts sur notre santé et notre planète. Une belle entrée en matière pour ceux qui veulent approfondir le sujet.

Il rencontre notamment Yves Christen, biologiste et auteur de L’animal est-il une personne ? (Flammarion – 2009), les éthologues Élodie Mandel-Briefer et Dalila Bovet ou encore Mauricio Garcia-Pereira, ex-employé de l’abattoir de Limoges et auteur de Ma vie toute crue (Plon – 2018).

S’il interroge, Hugo Clément part également sur le terrain. Aux côtés de l’association activiste Direct Action Everywhere, il s’introduit ainsi dans un élevage industriel porcin de Seine-Maritime. Il rapporte également son expérience à bord du Sam Simon, un navire de l’organisation Sea Shepherd, dont l’objectif du moment était d’alerter l’opinion publique sur le massacre des dauphins communs au large des côtes françaises dans le golfe de Gascogne.

Comment j’ai arrêté de manger les animaux, sous ses airs de livre-témoignage est donc avant tout un ouvrage d’enquête richement documenté.

Des arguments implacables en faveur du végétarisme

Je dois dire que l’argumentaire de Hugo Clément est également très bien ficelé. Une fois le livre terminé, comment en effet continuer à manger de la viande ?

Pourtant comme il le souligne dès le début de son ouvrage, son objectif n’est pas de juger ou de faire culpabiliser ceux qui se nourrissent de chair animale.

« Mon ambition, la voici : expliquer ma prise de conscience, donner des faits, regrouper des arguments clairs et robustes destinés aux végétariens ou végans qui veulent convaincre, mais aussi et surtout aux millions d’omnivores qui s’interrogent. »

Le livre s’articule autour de 8 chapitres, dont le premier a pour vocation de prouver que les animaux d’élevage sont intelligents. Moutons, vaches, poulets ou cochons sont en effet dotés d’une intelligence émotionnelle et sociale qu’on préfère leur nier afin de mieux pouvoir les exploiter… et les manger. Oui, un canard peut être endeuillé et se laisser mourir de chagrin si l’un de ses congénères le quitte. Oui, le lien maternel entre une vache et son veau est particulièrement puissant et la séparation est un véritable déchirement pour ces animaux. Oui… et les scientifiques sont nombreux à l’avoir prouvé.

De la même façon, les poissons, dont on suppose souvent qu’ils ne souffrent pas lorsqu’on les écorche vif, sont eux aussi des êtres sensibles et sociaux.

Hugo Clément, à force d’exemples concrets et de références bibliographiques, nous amène à voir les animaux d’élevage sous un autre jour et nos attitudes de domination comme irrecevables.

« Faire une hiérarchie entre les différents animaux n’a pas grand sens, puisque chaque espèce a un intérêt à vivre équivalent. »

N’y a-t-il pas en effet contradiction, voire « schizophrénie » lorsque l’on s’émeut de mauvais traitements ou tortures infligés aux animaux domestiques, mais que passé l’émotion, on dévore avec délice un steack ou une cuisse de poulet ? Pourquoi tel animal aurait droit à la vie tandis qu’un autre aurait notre estomac pour seule destinée ?

Après cette mise en perspective, le journaliste nous emmène alors au cœur de la souffrance animale : les abattoirs. « Voulez-vous vraiment savoir ? », nous interroge-t-il. Moi qui m’étais toujours refusée à visionner les vidéos de L214, moi qui bloque tous les contenus potentiellement violents sur les réseaux sociaux, eh bien non, je n’étais pas sûre de vouloir savoir. J’avais encore espoir que ces vidéos d’animaux égorgés, écartelés, saignés et découpés vivants étaient des exceptions. Moi la végétarienne hypersensible, j’avais encore l’idée que l’homme n’était pas capable de tant de cruauté et que ces endroits n’étaient pas le théâtre de souffrances quotidiennes.

J’ai pourtant lu ces 50 pages, la gorge serrée avec ces images atroces défilant dans mon esprit. Ligne après ligne, j’ai découvert les techniques d’élevage et d’abattage des cochons, moutons, poulets et vaches. J’ai vu des animaux effrayés souffrir le martyre, les uns après les autres, dans l’indifférence quasi générale.

« Si tous les abattoirs avaient des murs en verre, tout le monde serait végétarien, disait l’ancien Beatles Paul Mc Cartney. »

La loi est pourtant claire, les protocoles bien huilés, on n’abat pas un animal encore vivant. Oui, mais la réalité est pourtant toute autre, et même le rapport Falorni de 2016 n’y a rien changé. Le massacre continue, dans l’ombre de ces bunkers.

Je tourne la dernière page du chapitre, espérant une respiration au milieu de toutes ces horreurs. Mais Hugo Clément poursuit avec ce qu’il nomme le « massacre en haute-mer ». La population marine a décliné de 39 % ces 40 dernières années, faisant de la pêche industrielle un véritable fléau pour notre écosystème. Si nous continuons ainsi, il n’y aura plus de poissons à capturer d’ici 2050. Comment alors justifier qu’une partie du poisson pêché soit transformé en farine pour les poissons et les poulets d’élevage ? Comment ne pas être scandalisé quand le bycatch représente « 8 % du volume global des prises de pêche » ?

Arrêter de manger de la chair animale est donc un appel à la vie, celles des animaux et celles des humains que nous sommes. Les impacts de l’élevage intensif sur notre environnement sont catastrophiques : pollution des sols, de l’air, de l’eau, déforestation, raréfaction des ressources pour les plus pauvres. Les faits sont là, les chiffres également, les conclusions implacables.

Un guide pratique pour tous les végétariens

J’ai refermé ce livre il y a deux jours, encore plus convaincue que je faisais le bon choix en arrêtant de manger de la viande. Devenir végétarienne était déjà un acte militant, mais le spectre de mon engagement s’est subitement élargi.

Je l’avoue, je n’avais pas idée de la souffrance des poissons. J’avais espoir que les vidéos de L214 étaient des exceptions. Je ne soupçonnais pas non plus que l’humain était prêt à pareille cruauté. Où sont, il est vrai, les cochons qui fournissent ces longs rayons de jambon ? Dans des cages, toute leur vie. Je ne m’étais jamais rendu compte que je ne voyais jamais de porcs dans les champs, au même titre que les vaches ou les poules.

Et l’élevage bio dans tout ça, pour moi qui ne consomme que des produits issus de la filière biologique ? Les animaux sont certes relativement mieux traités durant leur vie, mais ils passent par les mêmes abattoirs que leurs congénères issus de l’élevage intensif.

« Comme les autres animaux, les vaches, cochons, poulets ou moutons élevés en bio sont censés être étourdis avant la saignée. Comme les autres, ils subissent de nombreuses ratés. Comme les autres, ils sont victimes de maltraitances, du manque d’équipements et de la cadence infernale. »

Hugo Clément parle d’une véritable « omerta » autour des conditions d’élevage et d’abattage. Je note aussi la manipulation des publicitaires et l’entretien de préjugés et fausses croyances à l’égard du végétarisme.

Le journaliste n’hésite d’ailleurs pas à casser une par une les idées reçues. Non, l’homme n’a pas de tout temps mangé de la viande. Non, la viande rouge ne rend pas plus fort. Non, être végétarien n’expose pas automatiquement aux carences.

J’ai désormais les idées claires sur l’industrie agro-alimentaire, sur son manque d’humanité, sa course au profit, ses aberrations.

Hugo Clément a choisi de « résister ». Eh bien, moi aussi.